Faire face à ses démons

Cela fait un moment que je n’ai plus écrit, j’étais bien trop occupée à faire mon travail de diplôme de spécialiste en médias sociaux et communauté en ligne (SMSCL) pour pouvoir me permettre d’écrire mes états d’âme et mes pensées. Mais maintenant, c’est fait, c’est rendu, les dés sont jetés, on verra bien, bon vent à Seinplement Romand(e)s

Normalement je devrais me sentir mieux, enfin, je pensais que j’allais me sentir mieux, mais ce n’est pas vraiment le cas. Non, maintenant que je n’ai pas quelque chose qui m’obsède jour et nuit, j’ai le temps de penser à autre chose. Je me sens vide, j’attends la suite de ma vie, comme si je ne pouvais pas avancer.

C’est que cette formation était ma réinsertion professionnelle après la maladie qui m’a frappée de plein fouet, sans crier garde et qui a complètement bouleversé tous mes repères. Oui, je pense que je peux le dire, j’ai vu la mort en face et maintenant ce petit truc que toutes les personnes saines ont bien loin à l’arrière de la tête, la Grande Faucheuse, ben elle fait désormais partie de mon quotidien. Ce d’autant plus que j’arrive à la marque des trois ans, moment important dans l’événement d’un cancer du sein triple négatif. En effet, les personnes qui ont eu un cancer de ce type, le cancer le plus agressif des différentes sortes de cancer du sein, voient leurs chances de récurrence drastiquement baisser à la marque des trois ans de rémission. Après cinq ans, les chances de récurrence sont les mêmes que pour les autres cancers. Le hasard de mon calendrier de vie, ou dois-je dire de revenir à la vie, fait que ce contrôle des trois ans aura lieu dans un mois.

Alors cette nouvelle vie professionnelle qui est sur le point de commencer après ma formation, cette reconstruction intellectuelle que j’ai travaillé si fort pour obtenir dépend de ce contrôle de santé des trois ans. Je n’ose me permettre de me lancer dans des projets professionnels avant de savoir si la santé va suivre. Et me revoilà face à mes démons intérieurs, à mes doutes, à mes peurs, à mes craintes. Ma tête fait des films et ces images pèsent lourd dans mon coeur.

Souvent, j’entends la phrase que n’importe qui peut être heurté par un bus demain, soit, mais quand on a déjà été renversé par le bus, on n’a plus peur de cette possibilité. Non, on est parterre en train de ramper vers le trottoir et d’espérer que ce bus ne va pas faire demi tour et revenir renverser notre nouvel équilibre qui est si fragile. Personne ne peut nous dire avec certitude que tout ira bien, et même si on nous le dit, on ne le croit pas parce qu’on nous l’a déjà faite et ce n’était pas vrai. Alors non, ces histoires là, nous les survivants du cancer, on n’y croit plus.

Mais quand on a un caractère comme le mien, quand on vit d’après le dicton que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, ben on essaie tant bien que mal de dompter les démons. On trouve des moyens pour se rassurer, il y en a des bons et il y en a des mauvais, on est humain et on fait du mieux qu’on peut.

On m’avait averti que de rendre un travail de diplôme dans lequel on s’est plongé corps et âme laisse un vide, mais personne ne m’a dit que ce vide laisse place aux idées qu’on pensait avoir apprivoisées. Les idées du pire me nargue, je me retrouve à nouveau peu de chose. Je sais que mon entourage va vouloir me rassurer, me dire que tout ira bien, que mon contrôle de santé va bien se passer. Même si j’apprécie énormément le bon sentiment derrière ces paroles, la vérité est que personne ne le sait vraiment, même les médecins n’ont pas su me donner des réponses, alors aujourd’hui je suis aguerri. Même si je sais que ma famille et mes amis vont tout faire pour me soutenir et m’apaiser, je suis seule face à ces pensées… chat échaudé craint l’eau froide.

Chaque jour est un éternel recommencement avec cette bataille là. La seule solution est de vivre un jour après l’autre et de se remplir de l’amour de son entourage pour se redonner des forces. Some days are better than others.

*il y a des jours qui sont meilleurs que d’autres

pink star fish

 

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À propos de Christine Bienvenu

Le cancer du sein triple négatif a fait une entrée fracassante dans ma vie en 2010, avec une rechute en 2013 et en 2015; un intrus tenace puisqu'il s'est transformé en cancer du sein HER2+ afin de survivre malgré le pays que je lui fait voir: tumerectomie, double mastectomie avec reconstruction, 26 chimios, 24 séances de radiothérapie et de l'immunothérapie à vie. De cette expérience est né mon identité d'ePatiente: je milite pour que le patient soit "empowered" et un partenaire à part égal dans son équipe médicale. Je donne des cours et des conférences en santé digitale et culture ePatient et fait partie du Patient Empowerment Foundation qui a pour but d'aider les patients à devenir autonomes, éduqués et responsables. Les professionnels de la santé ont leur savoir académique, mais le patient a son savoir expérientiel et les deux doivent collaborer dans l'humilité pour trouver des solutions constructives.

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