Chapitre 8: Les rayons

Prescription : 33 séances de rayons.

Soit 6 ½ semaines. 5 jours sur 7. 120 km de route quotidiens.

Alors, en théorie, c’est déjà presque une convalescence après le poison des chimiothérapies. Mais en réalité, c’est bien plus pernicieux : comment récupère-t-on quand on enchaîne les traitements, les rendez-vous, les trajets, etc. ?

Personnellement, je me sens aujourd’hui incapable de conduire seule pour me présenter à ma radiothérapie. Heureusement, je peux compter sur l’aide de bénévoles et de collègues et amies pour me dépanner. Encore me faut-il placer la prunelle de mes yeux chaque jour, parfois tous les jours à une autre personne. Ce n’est pas idéal, mais je n’ai pas vraiment le choix. Et puis, il parait que cela ne devrait pas me tourmenter… Que ce ne sont point le nombre d’heures totales passées à m’occuper de ma fille qui importe, mais bien la qualité de ce temps… Je crois que vous aurez compris, lecteur, que  ceci n’est pas mon point de vue, mais je n’en débattrai pas ici.

Voilà donc le descriptif d’une séance de rayons, pour les non-initiés surtout ;

On se présente aux techniciens de radio-oncologie, qui nous font passer dans une cabine étroite  à deux portes. On se dévêt jusqu’à la taille, et l’on attend que le technicien ouvre la porte arrière de la cabine pour nous emmener à la machine. On se promène donc toutes « topless » sur quelques mètres, et tout le monde trouve cela normal. Evidemment, prêter à toutes et à tous une blouse hospitalière qui, bien que très peu seyante mais ayant tout de même le bénéfice d’être quelque peu couvrante, est une illusion. Surtout que le trajet n’est pas long. Et que le traitement ne dure que quelques minutes. Et que les patients s’enchaînent de façon industrielle… Oui mais, honnêtement, ce ne serait franchement pas du luxe. Personnellement, je trouve difficile de m’exposer à autant de regards (les techniciens ne sont souvent pas les mêmes du jour au lendemain, ils sont en général 2 à 3, des deux sexes …) et de se faire palper-toucher-manipuler-asticoter tous les jours (souvent par 4 à 6 mains, alternant entre gelées, moites, parfois tempérées, sèches et au contact agréable quand c’est jour de fête !)

Note pour la direction médicale : serait-il impensable de fournir une blouse aux patients en traitement ? Pourquoi ne pourrait-t-on demander au personnel de se laver les mains à l’eau chaude avant de toucher les malades ? Peut-on envisager que le traitement radio-oncologique ne soit délivré que par un minimum d’intervenants différents ?

Si si,  je persiste et signe : je suis une râleuse, mais à tous ceux que cela fait sourire : allez vous allonger 7 minutes par jour sur une table très inconfortable, les bras tendus en arrière, triturée pendant plusieurs minutes pour vérifier votre positionnement sans que l’on échange avec vous un traitre mot, de devoir vous relever de cette maudite table, de dire au revoir, merci, à demain, et de repasser dénudée devant la moitié du service pour regagner la cabine-trappe magique, tout ceci en souriant et en remerciant encore !!!!

Je proteste ! Je demande que l’on respecte les patients, leur dignité et leur pudeur.

Merci Monsieur le Directeur, je vous laisse la parole …

Merci à Isabelle Coutaz pour le partage de ses récits ici.

hospital-gown

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À propos de Christine Bienvenu

Le cancer du sein triple négatif a fait une entrée fracassante dans ma vie en 2010, avec une rechute en 2013 et en 2015; un intrus tenace puisqu'il s'est transformé en cancer du sein HER2+ afin de survivre malgré le pays que je lui fait voir: tumerectomie, double mastectomie avec reconstruction, 26 chimios, 24 séances de radiothérapie et de l'immunothérapie à vie. De cette expérience est né mon identité d'ePatiente: je milite pour que le patient soit "empowered" et un partenaire à part égal dans son équipe médicale. Je donne des cours et des conférences en santé digitale et culture ePatient et fait partie du Patient Empowerment Foundation qui a pour but d'aider les patients à devenir autonomes, éduqués et responsables. Les professionnels de la santé ont leur savoir académique, mais le patient a son savoir expérientiel et les deux doivent collaborer dans l'humilité pour trouver des solutions constructives.

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